Dématérialisation des produits culturels : une aubaine pour le matériel ?

C’est une chose indéniable, les contenus culturels tendent à se dématérialiser. MP3, vidéo à la demande, e-Book, e-journal… l’offre culturelle dématérialisée se développe conjointement à la baisse des ventes des supports matériels classiques… une fatalité pour nos vieux CD, livres et journaux papier ? Pas si sur que ça !

Le constat est sans appel. De 128 millions de CD vendus en France en 2003 nous sommes passés à 60 millions en 2009. Bien sur, beaucoup agiteront l’épouvantail du téléchargement illégal, mais nous nous intéresserons à ce sujet houleux dans un autre article. Certes, les ventes de musique numérique ne décollent pas aussi vite que les ventes du CD ne dégringolent, mais rassurez-vous, les Français consomment toujours de la culture…

Moins de CD, plus de concerts…

Le fait est que les modes de consommations changent. Un autre chiffre qui va vous le faire comprendre : les recettes de la SACEM sur le spectacle vivant sont passés sur la même période (03-09) de 52 à 78 millions d’euros. Sans faire de raccourci réducteur, on peut quand même affirmer qu’a budjet égal, les consommateurs préfèrent voir leur groupe fétiche « en vrai » que les écouter dans leur salon (ou sur leur PC) sur un CD, ou pire, un MP3 en streaming.

photo foule concert

Les concerts ont le vent en poupe - CC Yoshi5000

L’offre dématérialisée (légale ou pas) peine à convaincre le consommateur. Certes, avoir sa musique partout avec soi est devenu un besoin, et on s’y est accommodé en utilisant des supports plus pratique que le désormais obsolète baladeur CD, ce qui a fait exploser l’utilisation des formats portables, et -faute d’offre de qualité à ce moment- le téléchargement illégal. Mais cette junk consommation reste pour le moins frustrante, sentimentalement parlant. Quand on aime un album, un film ou un livre, on aime pouvoir le toucher, ils devient notre gris-gris, notre doudou lors de voyages, bref, difficile de s’en passer… mais quand et objet manque de personnalité (comme le CD banal ou le livre de poche), où est l’attrait ? Quitte à acheter un objet culturel, autant que son plumage se rapporte à son ramage !

Du jetable au fétiche…

C’est là, au fond, que l’on va : d’un côté, une consommation éphémère et dématérialisée des tubes saisonniers, des blockbusters du moment ou du dernier prix Goncourt, et de l’autre un fétichisme accru de nos objets favoris. Bref, les digipack, versions deluxe et autres coffrets collectors ont de beaux jours devant eux… J’ai ainsi pu constater un comeback impromptu du vinyle chez les disquaires et les distributeurs spécialisés, illustrant ce désir de retour aux rituels d’antan.

L’industrie culturelle devra s’adapter à l’évolution des besoins, en cadrant au mieux les offres sur supports volatiles, et en proposant conjointement des objets de qualité qui trôneront sur les étagères de demain. Ils devront aussi abandonner progressivement les supports insipides et impersonnels que sont les CD, DVD et BluRays classiques, ainsi que les livres de poche au look cheap, pour sortir de cette crise. Mais cette remise en question est moins aisée que de pointer du doigt les pirates, pour ne pas simplement dire les consommateurs…

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